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Le pont de la Tortière

Le pont de la Tortière franchit l’Erdre à Nantes. L’ouvrage date de 1977. Construit en béton, il a remplacé un pont de brique édifié en 1876. Il témoigne d’un projet d’autoroute qui devait longer l’Erdre, mais qui n’a jamais vu le jour.

Vue depuis le pont de la Tortière au petit jour

Un premier pont en brique

Le premier pont de la Tortière possédait trois arches. Il mesurait 57 mètres de longueur pour 10 mètres de large. Construit en pierres et en briques, il fut ouvert à la circulation en 1878.
Il s’intégrait au projet d’ouverture des boulevards extérieurs de la ville de Nantes.

Le premier pont de la Tortière en 1948 – Source : Archives municipales de Nantes (cote : 28Fi2939)

Il inspira à Paul Fort (1872 – 1960) les vers de son poème :
"Du pont de la Tortière, un soir.

Chers lointains vaporeux sous ce couchant maudit fait de bronze et de braises et d’un Phébus tout cuivre, le Pont de la Tortière où Zéphyr donne à vivre, est-ce l’Arche infernale avant le Paradis ?
Que cherche-t-il, ce parc ?
Eve ?
Adam ?
Leurs petits ?
Ou nous-mêmes errant ?...
Volons cueillir ses fruits !...
L’Erdre, fleuve du ciel, nous invite au voyage : c’est l’heure où les canots flottent sur les nuages."
Paul FORT, Ballades nantaises (1947)

De ce premier pont, il ne reste que quelques vestiges au niveau de la culée côté boulevard Van Iseghem.

Un second pont en béton, en vue de la construction d’une autoroute

Le vieux pont de brique fut démoli en 1977.
Cette destruction raconte une époque, celle des décennies d’après-guerre, où le béton, le bitume et les voitures devaient nous conduire vers un avenir radieux.
Si l’on est en droit de se désoler de l’absence totale de valeur esthétique de l’ouvrage par rapport à son prédécesseur, dès lors que l’on connaît les circonstances de sa construction, on se console en se disant que l’on a évité mille fois pire.
En effet, le pont actuel, n’est qu’un élément d’un ensemble plus vaste qui, par chance, n’a jamais vu le jour : une autoroute pénétrante. Celle-ci (voir le plan ci-dessous) devait :
- longer les bords de l’Erdre depuis l’Eraudière ;
- entrer dans Nantes jusqu’au niveau de l’actuel commissariat place Waldeck-Rousseau ;
- transformer le bas de l’actuel boulevard des Belges en un échangeur autoroutier.

Vue du projet de pénétrante Nord le long de l’Erdre – Source : Archives municipales de Nantes

Ce projet paraît quelque peu délirant aujourd'hui. Il n’en reste pas moins qu’il a occupé les esprits des urbanistes et des édiles nantais pendant plus d’une décennie. Il ne fut complètement abandonné qu’en 1982, non pas à cause de considérations environnementales, mais à cause du coût des expropriations nécessaires pour permettre à une quatre voies de longer l’eau, et de la pertinence de tels aménagements en regard du trafic routier des années 70.

On peut dire que les hérons, les canards, les cygnes, les ragondins et les promeneurs ont eu très chaud. Le vieux pont de brique fut quand même sacrifié.

Sources documentaires : les documents relatifs au projet d’autoroute pénétrante Nord sont disponibles aux Archives Municipales de Nantes.

Cotes des boîtes d’archives publiques consultées :
- 1329W68
https://catalogue-archives.nantes.fr/WEBS/Web_VoirLaNotice/03_06/1329W68/ILUMP25181
- 1329W68
https://catalogue-archives.nantes.fr/WEBS/Web_VoirLaNotice/03_06/1329W69/ILUMP25181

15 nov. 2021